Howard Phillips Lovecraft

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#1 13-08-2016 17:35:22

Alinovitch
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[NOUVELLE] Le fils du sorcier, de Fritz Chabloz

Quand j'étais petit, j'avais reçu comme cadeau le livre et ses 4 cassettes audio Les plus beaux contes de Suisse que je réécoutais souvent.

Cela allait de simples poèmes à de véritables histoires. J'avais bien sûr mes préférées, dont celle-ci que je lui trouve un petit côté lovecraftien : Le fils du sorcier.

Ce conte fut raconté par Fritz Chabloz dans la « Gazette de Neuchâtel » de 1864 et dans les « Sorcières neuchâteloises », 1868. A noter qu'il y a aussi des versions jurassienne et valaisanne.

N'ayant pas trouvé de version pdf existante, je vous l'ai intégralement recopiée :

Le fils du sorcier

Au-delà des sept montagnes et des sept lacs,
Dans le temps où le beurre s'enfuyait des barattes,
Où les rivières remontaient à leur source
Et où le soleil se levait le soir.

En ce temps-là, donc, vivait un paysan qui élevait seul son fils. C'était un bon père, affectueux et attentif à tous les besoins de son enfant.

Depuis que celui-ci était tout petit, chaque jeudi soir, en le couchant, son père lui recommandait de ne le déranger sous aucun prétexte. Or, en grandissant, l'enfant devint curieux, et un soir, il fit semblant d'aller se coucher comme d'habitude. Quand la porte de la chambre de son père fut fermée, il revint sur la pointe des pieds et épia entre deux planches disjointes. Le paysan revêtit ses plus beaux habits du dimanche, s'oignit les aisselles d'un onguent contenu dans un pot de grès, entra dans la cheminée en prononçant ces mots :

« Sur les feuillées et les buissons,
Sur les eaux et les broussailles ! »

et, floup ! Il disparut, comme avalé.

Après un moment de stupéfaction, le garçon pénétra dans la chambre paternelle et appela ; il chercha dans les moindres recoins, mais en vain. Cependant, sur la table, était posé le pot de grès ouvert. Le jeune homme se frotta les aisselles avec l'onguent, s'enfila dans la cheminée en prononçant ces mots :

« Sur les feuillées et les buissons,
Sur les eaux et les broussailles ! »

Il se sentit alors soulevé par une force irrésistible à travers le conduit de la cheminée ; puis il fut traîné à travers les feuilles des arbres, déchiré dans les buissons d'épines, enfoncé dans l'eau glacée du lac ; atteignant l'autre rive, plus mort que vif, à demi-noyé, il fut tiré dans les broussailles et hissé au sommet d'un haut plateau où il fut projeté au milieu d'une assemblée d'hommes et de femmes revêtus de leurs plus beaux atours et qui dansaient autour d'un immense brasier. Le garçon, éberlué, fut entrainé malgré lui dans une coraule endiablée.

Comme le feux retombait, des hommes y mirent à rôtir deux vaches embrochées. C'est alors que le jeune homme aperçut au bout du pré une grande pierre plate. Sur cette pierre, un énorme bouc noir noir trônait. Il agita une cloche, et tout le monde s'installa pour manger. Le garçon reçut un haut de cuisse et, devant un tel régal, il oublia ses blessures et sa peur. Quand les convives eurent fini de manger, ils réunirent leur déchets : os, tendons ... et les apportèrent devant le rocher du bouc noir. Le garçon les imita. Quand tout le monde eut terminé, l'animal diabolique reconstitua avec les os le squelette des vaches, puis il posa sur chacune sa peau en psalmodiant des incantations : les bêtes se relevèrent, vivantes et meuglantes, et commencèrent à brouter. Mais alors, le bouc noir agita frénétiquement sa cloche et sa voix menaçante hurla :

- Il y a un intrus parmi nous ! Regardez cette vache : il manque le haut de sa cuisse ! Qui a mangé ce morceau ? Qu'on me l'amène !

Le jeune homme fut vite repéré, emprisonné par des mains hostiles, traîné jusqu'à la pierre tandis qu'on murmurait pour réclamer sa mort. Alors un cri partit de la foule :

- Laissez-le ! C'est mon fils !

- C'est ton fils, ricana le bouc noir. Apportez-moi le Grand Livre et qu'il le signe de son sang ! Il fera alors partie des nôtres et aura la vie sauve !

On ouvrit devant le garçon un grand livre dont les pages étaient couvertes de signatures de toutes sortes. On lui glissa dans la main une plume :

- Coupe-toi le bout du petit doigt et signe de ton sang !

Le garçon fit semblant d'obéir, mais au lieu d'écrire son nom, il traça une croix en murmurant :

- Par le Dieu Tout-Puissant !

Vous auriez ce charivari : on eût dit une tornade de fin du monde qui emportait tous ces gens. Le pauvre gars fut projeté à terre et perdit connaissance.

Quand il se réveilla, il était seul sur le plateau. Un matin gris et terne se levait. Du brasier, il ne restait guère que des cendres. Deux vaches paissaient l'herbe couverte de rosée. En s'approchant d'elles, le garçon sut qu'il n'avait pas rêvé : au haut de la cuisse de l'une d'elles, il manquait un morceau : celui qu'il avait mangé !

Il entreprit de retourner chez son père. Mais la pente était abrupte et il eu bien des maux pour atteindre la rive du lac. Quand il y fut parvenu, que de peine pour découvrir une barque et pour traverser l'eau ! La journée était bien avancée quand il s'écroula sans connaissance devant sa porte. Quand il se réveilla, il était bien au chaud dans son lit : ses plaies étaient pansées, il ne souffrait plus. Son père entra, portant un bol d'infusion fumante. Il le cala contre des coussins et, en lui faisant boire cette potion, il lui murmura à l'oreille :

- Ne dis rien à personne ! On nous ferait du mal !

Le garçon promit, et jamais, même sur son lit de mort, il ne souffla mot à personne de son aventure.

Alors moi ? Comment je le sais ? Devinez ! Qui me l'a dit ? Peut-être la brise du lac qui berçait ma barque, ou la rivière qui dévalait du plateau. Devinez !

Les plus beaux contes de Suisse, éditions Mondo, 1987, d'Edith Montelle et de Richard Waldmann.

Les illustrations sont de Béat Brüsch. Ce dernier a représenté le bouc noir comme une créature bipèdes, aux mains humaines, d'une queue fourchue, deux énormes yeux lumineux de couleur verte et de dents pointues.

Ce qui est amusant, c'est que l'UDC – parti d'extrême droite et malheureusement premier parti de Suisse – a eu longtemps comme mascotte un bouc nommé "Zottel".

Est-ce qu'il aurait des cultes démoniaques, voire voués aux Grands Anciens, dans les régions les plus reculée et sauvages de nos Alpes ?

Blague à part, je pense qu'en France aussi vous avez parmi votre folklore, des légendes plus ou moins lovecraftiennes ...


Je viens d'ailleurs ...

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